Mieux comprendre et combatre la politique de Vincent Peillon

09/01/2013 12:24

L'actualité du jour, ce sont les nombreuses analyses critiques de la lettre du ministre de l'Education Nationale et, plus généralement, de sa position politique et idéologique, données par divers journalistes et analystes.

Tout dabord, c'est le site Itinérarium qui nous apprend la publication d'une étude du CERU avec la signature de Vivien Hoch (chercheur en philosophie) intitulée : Vincent Peillon, prophète d'une religion laïque. On y apprend ce que tous ceux qui connaissent un minimum la pensée peillonnienne pouvaient préssentir. A savoir que "pour Vincent Peillon, l’école doit être capable de concurrencer les religions et les traditions. Dans la lignée de Ferdinand Buisson, la laïcité est, pour le ministre »un principe de tolérance certes, mais plus encore de philosophie positive, c’est aussi une religion ». La laïcité devient même »la religion de toutes les religions, de toutes les confessions, la religion universelle. » Le projet consiste alors » à forger une religion qui soit non seulement plus religieuse que le catholicisme dominant, mais qui ait davantage de force et de séduction, de persuasion que lui. » Pour arriver à imposer cette nouvelle religion, l’école joue un rôle stratégique et politique. Il convient comme l’affirme d’ailleurs le ministre dans la lettre qu’il a adressé aux recteurs le 4 janvier dernier de « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités »".

Pour Mgr Cattenoz, interrogé par Nouvelles De France, "Monsieur Peillon outrepasse ses droits. L’enseignement libre a parfaitement le droit d’organiser des débats. Et plus précisément, je tiens à faire remarquer que l’enseignement catholique a un « caractère propre » qui lui permet de dispenser une heure d’enseignement supplémentaire dans laquelle l’enseignement de l’Eglise peut être entendu." Il ajoute : "Nous avons aujourd’hui un gouvernement de gauche et franc-maçon. Je ne vois donc pas comment il pourrait être très favorable à l’Église. La récente sortie de Vincent Peillon en est une bonne illustration. Les chrétiens seront probablement persécutés un jour ou l’autre mais tout cela aide également l’Église à grandir." Mgr Cattenoz spécifie également à NDF (d'où vient l'image de cet article) qu'il soupçonne un lobby puissant derrière la rapidité avec laquel le Parti Socialiste et le Gouvernement souhaitent faire advenir la réforme sans débat.

Eric Zemmour, quant à lui, commence sa chronique sur RTL en précisant que "Vincent Peillon a raison, mille fois raison : on ne prend pas en otage les enfants dans nos batailles politiques d’adultes, on ne profite pas de leur jeune âge pour les endoctriner, on respecte le principe de neutralité à l’école." Mais il rajoute immédiatement : "Mais Peillon devrait d’abord balayer devant sa porte et rappeler au devoir de neutralité ses propres collègues. Quand Najat Vallaud-Belkacem se rend dans un collège pour expliquer que le mariage pour tous offrira plus d’épanouissement, plus de liberté, plus d’égalité, où est la neutralité ? Ce jour-là, elle est accompagnée par un représentant du lobby homosexuel qui a table ouverte dans l’Éducation nationale au nom de la lutte contre l’homophobie, où est la neutralité ? La même ministre est-elle porte-parole du Gouvernement ou porte-parole de ce lobby lorsqu’elle propose d’insister sur l’homosexualité de Rimbaud et de Verlaine alors qu’on croyait qu’ils étaient au programme pour leur génie poétique ? Mais où est la neutralité ?" Le chroniqueur poursuit avec une évocation historique pour conclure : "La gauche d’aujourd’hui n’a plus ces pudeurs : elles juge qu’elle ne fait pas de politique, elle dit seulement le bien. Elle n’endoctrine pas, elle prêche. Cela ne s’appelle pas du bourrage de crâne, mais le progrès. Elle n’enfreint pas le principe de neutralité, elle fait la morale. Elle a repris les méthodes de l’Église pour mieux la remplacer. Et comme disait Danton, ‘on ne détruit que ce qu’on remplace’. "

Dans le Figaro, Jean-Marie Guénois pointe du doigt trois erreurs de la lettre aux recteurs de Vincent Peillon : "Dans sa réaction [aux décisions de l'Enseignement Catholique], le ministre a toutefois commis une étonnante première «faute». Avoir lié, dans le même paragraphe de sa déclaration au journal, sa mise en garde des «tentatives de suicide» qui seraient «cinq fois plus fréquentes chez les jeunes qui se découvrent homosexuels que chez les autres». Ce qui sous-entend, implicitement, que le milieu catholique serait générateur d'homophobie et donc de drames personnels ! Il faut vraiment n'avoir jamais mis les pieds dans une école catholique qui place le souci de la personne de l'élève en fronton du projet éducatif, pour tomber dans une telle absurdité.

Deuxième «faute», écrire que le «caractère propre», donc catholique, de ces établissements «ne saurait permettre de déroger au strict respect des individus». Là encore, les personnels éducatifs et enseignants de ces écoles peuvent être «ulcérés». C'est mettre directement en cause la pièce maîtresse de l'école catholique, clé de son succès objectif: le respect individualisé, voire sacralisé de l'élève.

Dernière «faute», laisser penser que les «conditions» du débat ne sont pas réunies dans l'enseignement catholique. On frise ici l'insulte intellectuelle pour des professeurs - titrés et rémunérés par l'État - qui ne travailleraient que dans un sens ! Ce réquisitoire de commissaire politique est indigne d'un ministre. Connaît-il donc si mal les professeurs et les éducateurs ? Comment ceux-ci accepteraient-ils un tel faux procès ?"

Dans Présent, Jeanne Smits indique que "Quelle que soit la complicité de la droite avec l’idéologie antichrétienne qui est propre à l’esprit de l’école publique depuis ses origines, il faut noter que Vincent Peillon lui fait accomplir ici un saut qualitatif brusque en activant de manière lourde le droit de regard de l’Etat sur les écoles confessionnelles. Loin de vouloir faire respecter la « neutralité », comme il l’affirme, c’est bien une doctrine officielle qu’il impose, tyranniquement, selon le plus pur modèle révolutionnaire et conformément à la laïcité chère à cet admirateur de Ferry et plus encore de Jean Jaurès, comme il l’a montré dans son ouvrage Jean Jaurès et la religion du socialisme". Elle conclut : "Non, ce n’est pas le « débat » qui inquiète Peillon pourvu qu’il s’agisse d’asséner la doctrine officielle. C’est la liberté qui l’incommode, l’irrite, qui lui est insupportable : la liberté de réfléchir en vue d’atteindre une vérité qui ne serait pas celle de la laïcité républicaine. On a emprisonné et coupé des têtes pour moins que ça".